mardi 3 juillet 2012

Blogueur-invité : Normand Rajotte, photographe exposant


La plupart du temps, nous, artistes en arts visuels, travaillons en solitaire. Le geste d’exposer rompt cette solitude et confirme si ce que nous produisons, ce qui nous obsède, peut aussi en intéresser d’autres.

C’est particulièrement vrai pour moi. La solitude, je connais, je travaille en forêt. Depuis 1997, année où mes frères et moi avons acquis un boisé de 100 acres au pied du mont Mégantic (Cantons de l’Est), j’ai choisi d’explorer un territoire de quelques kilomètres carrés entourant notre lot. Territoire que depuis je revisite avec constance, année après année, saison après saison. Marchant sur mes pas, j’y arpente les mêmes endroits en photographiant des phénomènes qui m’intriguent ou m’émeuvent. Je suis témoin de l’évolution des lieux et, en parallèle, mon regard évolue avec eux.

Rien de mieux si l’on veut voir le changement que de rester sur place. Avec ma caméra, je découpe le sol de près pour enregistrer les marques de ce qui se passe ou s’est passé : empreintes d’animaux et d’humains, avancées de la végétation, variation de la lumière... En somme je photographie l’éphémère.

Durant le vernissage au Centre d’art de Kamouraska quelqu’un s’est approché pour me dire que mon travail était en équilibre entre la vie et la mort. J’ai apprécié la remarque. Je crois, en définitive, que je m’intéresse à l’existence : à la mienne en relation avec celles qui m’entourent. Je cherche ma place. J’aimerais, à la limite, faire partie du territoire que je parcours, me fondre dans le paysage que je photographie. C’est une position que nous humains n’avons pas l’habitude de prendre, considérant ce qui nous entoure comme extérieur et distant. C’est probablement la raison de notre peu d’empathie pour la nature.

Donc après des années de marches lentes et méditatives, des heures passées à sélectionner des photos pour en faire des séries qui se tiennent, on sent le besoin de vérifier si ce que l’on a photographié était de l’ordre du mirage ou de réalités que l’on peut communiquer.  Dans ce sens des évènements comme La Rencontres photographique à Kamouraska sont importants. Ils nous permettent d’élargir notre accès au public, de sortir de notre milieu d’initiés et de faire voyager notre travail. J’ai d’ailleurs très apprécié quitter quelques jours un Montréal caniculaire pour la fraîcheur et la beauté calme de Kamouraska.

À noter que j’ai trouvé intéressant la présentation, par La Rencontre photographique, de plusieurs expos, très différentes les unes des autres, portant sur un même thème, le paysage, la nature. Les visiteurs  peuvent ainsi se positionner quant à leur intérêt pour le sujet et l’approche choisie par les exposants.

De mon côté, j’y montre dix-huit images grand format tirées d’une série intitulée Comme un murmure, produite entre 2004 et 2010.

Durant le vernissage, très sympathique en passant, j’ai pu être témoin de la réaction des visiteurs face à mes œuvres : des gens touchés qui me le disaient, d’autres qui, par leur non-verbal, semblaient dérangés par des photos prises dans des lieux inhabituels, humides et vaseux, où l’on n’a pas l’habitude de se laisser aller à la contemplation. 

Il faut que la beauté fasse des avancées hors de ce qui est convenu. Dans ce sens, j’essaie de taper le chemin vers des recoins mal-aimés qui, étrangement, me fascinent.

Normand Rajotte

mardi 12 juin 2012

Blogueur-invité : John Michaud, artiste exposant


Kamouraska,

pays de nos racines, de nos bâtisseurs
pays d’humanité et de connivence
pays de labour et de chaleur champêtre
pays de lumière et de marées

Le Kamouraska que je connais à peine depuis un demi-siècle est devenu progressivement source d’exaltation, source d’inspiration et d’exploration artistique, source de création.

Une démarche expérimentale

Mon expérimentation plus active des arts visuels s’est manifestée dans les années 1990 en renouant avec le dessin, l’encre et la peinture. Ma production qui intègre des éléments de figuration et d’abstraction s’inscrit dans une thématique revisitée des marines ou du milieu maritime même si, parfois, dans la gestuelle spontanée et chorégraphiée - pour ne pas dire calligraphié - cette démarche entraîne un facteur de risque élevé dans l’exécution des idées sur le papier ou sur la toile.

Tendant à me libérer des écoles de pensées ou des mouvements à la mode bien souvent catalogués par les historiens de l’art et critiques, qui ne savent plus où donner de la tête en ne parlant que d’esthétisme ou tendance, plusieurs me considèrent comme étant éclectique et j’en suis bien fier. D’autres diront de mon travail qu’il y a tout de même une influence de l’abstraction lyrique ou de l’expression symbolique puisque je m’investis dans une démarche parfois en situation de contrôle, mais bien plus souvent en situation de danger, alors que la perte de contrôle est relativement imminente; ce qui représente encore là une très grande satisfaction personnelle dans mon travail exploratoire.  Ce qui est constant dans mes préoccupations actuelles, c’est ma perception de l’univers maritime que j’ai côtoyé depuis mon enfance.  On n’y échappe pas ! Lieux fidèles de la mer et espaces fragiles ou menaçant; repères cachés, codes indécodables et symboles des temps lointains, sortes de traces ou écritures inventées, tout se recompose et se décompose.  Comme je le dis un peu par insouciance «il n’y a pas de hasard; il y a des rencontres, des conjonctures où l’harmonie se crée ou le chaos se manifeste.» Et c’est bien ainsi...

Que ce soit en explorant des ensembles forts, sous tension, des jeux harmoniques et parfois dramatiques, ma préoccupation est de faire apparaître une énergie où la lumière sera transformée en dialogue avec l’observateur.

ÆNCRAGES

L’exposition Æncrages regroupe une quinzaine d’encres inspirées du thème des anciennes installations maritimes et des berges apprivoisées par l’être humain pour sa survie et pour les échanges. Par une expression graphique très épurée et schématique de la gestuelle, ces encres inspirent la force du trait et une présence dynamique.

CARRÉS DE SABLE

Les Carrés de sable, loin de la notion mystique, symbolique ou thérapeutique que l’on connait, s’intègrent à cette exposition comme des micro-lieux ou des micro- installations. Présentée en première pour le Centre d’art de Kamouraska, cette  production devrait atteindre sa maturité pour une exposition intégrale en 2014.

SALUTATIONS À L’ÉQUIPE DU CENTRE D’ART

Je salue l’équipe du Centre d’art de Kamouraska pour son accueil chaleureux et son travail professionnel. Ce lieu maintenant habité par l’esprit artistique et historique de la région prend son envol. Il doit être jalousement mise en valeur par et pour les artistes et poursuivre sa mission de diffusion culturelle au plus grand bénéfice de tous les visiteurs.

mercredi 30 mai 2012

Blogueur-invité : Roger Régnier, artiste exposant

Ma démarche 


Autodidacte, j’ai commencé à peindre il y a environ cinquante ans. Durant les premières années, j’ai réalisé une importante production d’encres de Chine sur papier, sur toile et sur massonite en noir et blanc et en couleurs.  Par la suite et jusqu’à maintenant, j’ai utilisé l’acrylique sur toile et sur papier.


On a déjà vu dans certaines de mes œuvres l’écriture de Michaud, le mouvement de Mathieu et la texture de Pollock. Je ne renie pas l’influence plus ou moins consciente de ces artistes sur mon travail ni celle plus récente de Mark Tobey. Cela dit,  je ne me suis jamais réclamé d’aucune école et n’ai jamais travaillé à partir de théories ou de concepts préétablis.

Dès le début, les thèmes combinés du signe, des traces, de l’écriture sont au cœur de ma démarche. J’ai toujours privilégié la ligne et le trait plutôt que les volumes et, depuis quelques années, je poursuis l’exploration des possibilités qu’offre la ligne blanche. Qu’elle soit fine et souple, épaisse ou rigide, en continu ou en signes séparés, et déployée parfois jusqu’à couvrir toute la surface, la ligne n’a pas pour objectif de délimiter ou de cloisonner des formes. Sa finalité est d’élaborer une trame narrative et un contenu formel, une structure à la fois forme et contenu qui constitue en quelque sorte une écriture de l’espace.

Roger Régnier    
Sainte-Flavie, Québec

jeudi 24 mai 2012

Blogueuse-invitée : France Jodoin, artiste exposante

Kamouraska : un nom et un lieu qui me vont droit au coeur


Je suis venue pour la première fois à Kamouraska l’été dernier avec une amie.  Une fois les bagages déposés à l’auberge, je suis descendue au bord du fleuve. Je suis restée là je ne sais plus combien de temps. Il n’y avait plus que le fleuve et moi. Un moment de grâce. Plus tard dans la journée, je me suis arrêtée au Centre d’art où j’ai visité les expositions en cours. J’ai beaucoup aimé la disposition des lieux, la façon dont les œuvres étaient mises en valeur et je me suis dit en sortant que j’adorerais voir mes tableaux exposés ici, au bord du fleuve.

Il faut dire que l’eau est un élément qui prédomine dans mon travail. C’est très étrange parce que j’en ai une peur morbide depuis un accident survenu quand j’avais cinq ans, où j’ai failli me noyer. Je ne nage pas bien et si je me trouve dans l’eau, je dois absolument pouvoir toucher le fond et le bord de la piscine, de la rive ou du quai en un rien de temps. Et je peins des marines!!!! En fait, mon travail est davantage une exploration de l’espace et de la lumière que la représentation de lieux géographiques précis. Je ne cherche pas à donner un sens aux images que je crée, je préfère laisser au spectateur toute latitude à cet égard. À lui de créer un narratif, à lui de créer une histoire en laissant son imagination ou son imaginaire le guider.

Je me rappelle très bien le jour où les bateaux sont apparus dans mes tableaux. La palette à peindre a glissé sur la toile et une voile blanche, à peine esquissée à vrai dire, s’est imposée. J’adore les « accidents » de ce genre, en fait je les invite dans mon travail. Ils me sont infiniment précieux.

Je n’oublierai jamais cette exposition au Centre d’art de Kamouraska.  L’accueil chaleureux qu’on m’a réservé, le sourire des gens et les commentaires des visiteurs le soir du vernissage m’ont profondément touchée. Encore une fois merci de m’avoir donné l’occasion d’exposer mon travail à Kamouraska. En y venant, j’ai fait de splendides découvertes – la chocolaterie, la boulangerie, la poissonnerie, l’auberge où j’ai logé et cette superbe seigneurie devenue gîte – une chose est sûre : c’est loin d’être ma dernière visite!

France Jodoin

lundi 15 août 2011

Blogueuse-invitée : Salomé Boisclair Blanchette, animatrice

On connait John R. Porter en tant que directeur du Musée national des beaux arts du Québec et Raymond Brousseau pour sa collection d’art Inuit. Ils nous surprennent donc aujourd’hui en s’associant pour nous présenter l’exposition Lumières d’ici et d’ailleurs. Raymond Brousseau se réinvente en peintures qui, tout en étant abstraites, laissent imaginer différents paysages. John R. Porter, quant à lui, décide finalement de se présenter en tant qu’artiste, en nous montrant les photos qu’il a prises lors de ses pérégrinations à travers le monde. Il nous présente la France, la Floride et la Turquie à travers sa vision de photographe, mais nous permet aussi de redécouvrir nos régions, comme le Kamouraska et la Baie St-Paul.

Le plus surprenant dans toute cette exposition, c’est surtout que la peinture et la photo se marient merveilleusement bien. On ressent une symbiose entre les tableaux et les photographies des deux artistes, ce qui nous donne une exposition époustouflante. Les paysages des photos sont fascinants, les teintes métalliques des tableaux capturent chaque parcelle de lumière.

Justement, j’aime particulièrement l’utilisation que Porter et Brousseau font de la lumière. Comme le laisse supposer le nom, Lumières d’ici et d’ailleurs, la lumière tient un rôle très important dans chaque photo, de même que dans les tableaux : elle apporte le mystère dans certaines photos, modifie certains tableaux. C’est donc une composante essentielle de l’exposition. Bref, tout ce que je peux dire, c’est que l’exposition est magique et qu’elle nous transmet un peu de cette magie à chaque passage.